Lundi 11 mai 2009
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Etudions un peu plus en détail les traits de la loi Internet et Création, si vous le voulez bien.
Censée protéger les artistes et les droits d'auteur face au téléchargement illégal, cette loi a choisi d'aborder la question sous un angle un peu bâtard, entre répression et incitation. C'est bien
là qu'est son principal problème.
Il est délicat de toucher à internet ; c'est une véritable poudrière. Pas question donc de réprimer tout azimut. La riposte graduée a donc été pondue. C'est un moyen terme entre le
laisser-télécharger et la saisie pure et simple de l'ordinateur incriminé avec inculpation.
Mais, d'un point de vue éthique, la "riposte graduée" est effrayante. En effet, si un ordinateur sert à télécharger illégalement trois fois, l'accès à internet est coupé. Sans enquête, sans que le
soit-disant pirate puisse présenter une défense. C'est une décision arbitraire qui n'est même pas prise par un juge, mais par une autorité administrative. C'est un déni de la présomption
d'innocence, puisque c'est au puni de contester la décision de l'autorité, et pas à l'autorité de présenter la preuve de sa culpabilité.
Deuxièmement, un ordinateur n'est pas forcément nominatif. Il sert, en général, au foyer tout entier. Si un membre du foyer télécharge illégalement, c'est tout le foyer qui est pénalisé : deux ou
trois innocents qui payent pour un coupable. Je vous laisse imaginer les conséquences que ça peut avoir dans les familles où internet est un outil de travail. Et je ne parle même pas des connexions
piratées par les voisins grâce à la wifi.
Troisièmement, nous sommes devant un cas de légalisation de l'espionnage de vie privée. Car surveiller les ordinateurs qui servent au téléchargement illégal, n'est-ce pas la même chose qu'une
écoute téléphonique, par exemple ? Espionner les pratiques privées de ses concitoyens ne peut être justifié qu'en cas de soupçon avéré, et sur commission rogatoire du juge. Là, Hadopi permet
l'espionnage constant des pratiques privées des citoyens. C'est assez terrifiant. Et qui va exercer cet espionnage ? Une autorité administrative, même pas judiciaire. Avec la complicité des
opérateurs qui deviennent de fait auxiliaires de police sans aucun garde-fou ni aucune compétence légale.
Hadopi ne génère de plus aucun revenu à l'Etat susceptible d'être réinjecté dans la création. Au contraire, le dispositif va coûter cher (il faut des moyens importants pour fliquer les
téléchargeurs, leur envoyer des mails et des recommandés, et pour couper l'accès internet...).
Et, sans prétendre jouer les Cassandre, je prédis que l'industrie du disque ne s'en portera pas mieux. Seuls ceux qui vendent déjà beaucoup tireront profit de cette loi. En ces temps de pouvoir
d'achat en berne, pensez-vous vraiment que la masse des musiques téléchargées sera reportée sur les circuits d'achat classiques ? Pas du tout ; les gens achèteront ce qui marche, les valeurs sûres.
Les petits vendeurs resteront des petits vendeurs, voire couleront, parce qu'ils n'auront pas eu l'occasion d'être découverts gratuitement.
Fidèles à leur habitude, Sarkozy et son gouvernement mettent en avant des victimes et des coupables plutôt que des citoyens, et évitent les vraies questions. Le téléchargement illégal n'est pas un
phénomène nouveau, et il prend sa source dans la copie, qui fait partie de la vie du disque depuis l'invention de la cassette audio. Des copies illégales circulent un peu partout depuis des années.
L'échelle a changé, c'est vrai ; mais la distribution officielle a, elle aussi, changé d'échelle. Et il est de fait que l'offre de disques et largement supérieure à la demande.
La vraie question n'est pas celle de la diffusion. Elle est surtout de savoir ce que "culture" veut dire.
Le problème du piratage tel qu'il est posé par Albanel ne peut se poser que dans un contexte où le single de la Danse des Canards ou du Petit Bonhomme en Mousse rapporte plus que l'ensemble des
disques de Magma et Pierre Boulez réunis.
Je vais sans doute choquer plein de monde. Mais pour moi, le principe du droit d'auteur est une véritable connerie, principalement dans un contexte d'industrialisation de la culture. Comment
justifier qu'une seule chanson, voire un seul album, puisse permettre à son / ses auteur(s) de pouvoir vivre confortablement de leurs royalties, sans considération du travail que cela a pris ?
N'importe quel imbécile peut fabriquer un tube. On en voit tous les étés. Le travail et le talent, qu'on essaye de faire passer pour les qualités d'un artiste, n'ont rien à voir avec sa
rémunération.
Tant que la culture sera considérée comme une industrie marchande au lieu d'un patrimoine humain, tant que ce sera la vente de disques qui fera l'artiste, tant que ce sera la promotion faite par
les maisons de disques qui donnera une légitimité à la diffusion, la plupart des artistes seront floués au profit de quelques uns.
Et je suis peiné par avance de la désillusion d'un Arthur H, par exemple, qui n'est sans doute pas un gros vendeur, et qui défend cette loi.
Les maigrelets continueront de manger des patates. Hadopi profite aux adipeux.
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