Une récente discussion, animée et cordiale, avec mon excellent confrère et ami
Rimbaud Warrior, m'a incité à traiter aujourd'hui de certaines
affaires judiciaires très à la mode. Loin de moi l'idée saugrenue de gloser - encore ! - sur le bien fondé des poursuites exercées à l'encontre de Roman Polanski, encore moins sur l'attitude
ambiguë des autorités suisses dans cette affaire.
Néanmoins, j'ai cru discerner dans le traitement de ce sujet une certaine méconnaissance de ce qu'est la justice républicaine française, et, a fortiori, américaine. Car dans cette histoire, on
parle un peu à tort et à travers en ignorant - sciemment ou non - les principes qui régissent le troisième pouvoir.
Je constate qu'une querelle de principe est entretenue entre les partisans d'un jugement de Polanski au nom du respect des femmes, et ceux d'un pardon légitimé par l'ancienneté de l'affaire (ou
pire encore, par le talent de l'accusé). Tant qu'on se querelle pour ça, on ne va pas à la votation organisée à l'occasion du changement de statut de la Poste...
Cette querelle est absolument absurde, mais elle prend dans un contexte particulier propice à son montage en épingle. Cependant, les arguments avancés par l'un et l'autre camp sont dénués de
fondement, d'abord aux Etats-Unis, ensuite en France.
Aux Etats-Unis, territoire sur lequel le crime de Polanski a été commis, il n'y a pas de prescription sur cette affaire. En effet, on estime aux USA qu'un criminel doit être marqué à vie du sceau
de son infamie ; si tel n'était pas le cas, la peine de mort n'aurait plus aucune justification puisque si l'on considère qu'un criminel peut être repentant, voire "accidentel" dans le sens où il
ne recommettra plus jamais de crime au cours de sa vie, il deviendrait de fait criminel et aberrant - voire barbare - de l'exécuter.
Dans ce contexte, que l'on soit d'accord ou non avec la position américaine sur la justice, Polanski peut, et doit même être jugé puisque c'est la loi et qu'il est toujours un criminel aux
Etats-Unis. Que le juge qui s'amuse à le poursuivre le fasse pour se faire de la pub ou forcer les autorités suisses à un renvoi d'ascenseur politique n'y change rien - du point de vue de la loi,
Polanski est arrêté, il sera ou non relâché sous caution en attendant le procès, mais il sera jugé.
Ce qui entoure cette arrestation est peut-être parfumé de l'air nauséabond des basses manœuvres politiques, n'empêche qu'elle est parfaitement légitime dans le contexte du droit américain. Et
d'une.
De deux, si l'on considère cette affaire selon le droit français, ce qui est le cas dans la plupart des analyses et qui les rend caduques, les arguments employés sont fallacieux. Et je ne parle
même pas du prétexte du "talent" employé par le brave Kouchner qui semble considérer qu'un artiste de renommée mondiale peut tout se permettre. D'ailleurs, merci Bernard, le nombre de
cyberdiscussions sur le sujet qui vont atteindre le Point Godwin en moins de cinq messages vont sans doute être légion. J'entends déjà le contenu : "et si les aquarelles d'Hitler avaient rencontré
un succès international, Kouchner aurait excusé le génocide au nom du talent"... Bref.
En droit français, il y a deux procès en un. D'une part, la société accuse un criminel supposé et décide, s'il est jugé coupable, de la manière de s'en protéger et de le punir. C'est le côté pénal.
Du côté civil, les "parties civiles", les bien nommées, demandent à l'accusé réparation de son crime envers ses victimes.
Aux Etats-Unis, le système civil est bien plus distinct qu'en France du système pénal. Il existe des possibilités d'arrangement financier entre coupable et victime ; cela ne veut pas dire que les
poursuites pénales sont abandonnées, seulement que la victime est indemnisée à la hauteur qu'elle estime juste des préjudices subis par accord direct entre les deux parties, sans que le juge
intervienne.
En France, cela n'existe pas en matière de crime. Il faut que les victimes ou leurs représentants se constituent parties civiles, donc participent activement au procès, pour percevoir ce qu'on
appelle des dommages-intérêts. La grande différence est qu'en France, c'est le juge qui fixe la réparation financière ; les parties civiles n'ont pas autant de marge de manœuvre pour négocier
directement avec le criminel - mais les choses sont en train de changer. En gros, si les parties civiles retirent leur plainte, le criminel reste jugé au pénal - et pourra être puni d'une amende ou
d'emprisonnement - mais les victimes ne seront pas indemnisées.
L'autre grande différence française est qu'il existe une prescription pour ce type de crime. S'il avait eu lieu en France, le crime de Polanski serait prescrit. La prescription est surtout valable
pour le côté pénal d'une affaire. En effet, on estime qu'un violeur qui ne récidive pas pendant trente ans ne représente pas vraiment une menace pour la société. Il est donc inutile que la société
cherche encore à s'en protéger. C'est compréhensible si l'on considère qu'une peine de prison n'est pas prononcée pour venger la victime mais pour empêcher que le violeur ne recommence sur
quelqu'un d'autre.
La peine "pénale" en effet n'est là que pour éviter la récidive - je suis d'accord, il y aurait des choses à en dire - alors que ce sont les dommages-intérêts qui sont là pour "réparer" le tort
causé à la victime. En aucun cas la peine prononcée dans un jugement pénal ne peut être amalgamée au fait de donner satisfaction à une victime.
Dans un procès, une victime ne reçoit que deux choses : la première, c'est un coupable. C'est bête à dire, mais la reconnaissance de la culpabilité de quelqu'un et son corollaire, la reconnaissance
de la victime en tant que telle, est déjà un mode de réparation. C'est en tout cas la base de la reconstruction personnelle de la victime. La deuxième chose, c'est une compensation financière
estimée par le juge en relation avec le préjudice subi et la demande des parties civiles.
punition du criminel n'a en revanche absolument rien à voir avec une réparation envers la victime, ou une punition à la satisfaction de la victime. D'ailleurs, ce ne sont jamais les parties civiles
qui demandent une peine, mais le Procureur de la République. C'est la société qui demande une peine, pas les victimes. Le contraire indiquerait qu'un procès ne serait qu'une institutionnalisation
de la vengeance des victimes - soit la barbarie.
En conséquence de quoi la prescription - y compris pour les viols et les crimes les plus odieux - a toute sa place dans le système judiciaire français, qui a, lui, aboli la peine de mort. Parce
qu'on imagine que les hommes sont perfectibles et peuvent changer de route quand ils ont fait des erreurs.
Cela ne veut bien sûr pas dire qu'il faut arrêter de poursuivre les criminels avant la prescription ni qu'ils ne doivent pas être sévèrement punis s'ils sont attrapés. Il serait peut-être par
contre bon de séparer prescription pénale et prescription civile, car si le criminel a cessé au bout d'un temps d'être dangereux pour la société, a cessé d'être un criminel, il n'en a pas moins un
devoir de réparation imprescriptible envers la victime qui, elle, ne cesse jamais de l'être.
Probablement à suivre
Bref, dans tout ça, je ne vois que des querelles de merde(scuse pour le gros mots), et je ne vois aucun arguments qui plaide en faveur de la victime, qui elle demande juste qu'on lui fiche la paix ! Parce que la justice doit etre rendu certe, mais en son nom, et il se trouve que la victime, dont la maman a encaissé un gros hêque soit dit en passant, reclame depuis longtemps déjà qu'on lui fiche la paix avec cette affaire, qu'on la laisse tranquille et qu'on en parle plus..
D'ou ma question : La justice est censé etre rendu au nom de la victime, alors si elle ne la souhaite pas, pourquoi parle t'on encore de cela ?
Je ne pose pas la question de la culpabilité ou non, je veux juste savoir pourquoi on s'acharne sur cette affaire au nom d'une victime qui ne demande rien ou plutôt qui demande qu'on ne lui rende pas justice ?
Quant à l'aspect "je ne suis pas d'accord"... pour ma part, Polanski, je m'en fous qu'il aille en taule ou non, du moment que le droit est respecté. Je soulignais juste que les querelles partent sur des bases biaisées dans le sens où opposer le désir légitime de la victime d'oublier l'affaire et le droit de la société à poursuivre et punir un criminel n'a aucun sens. Pourtant, c'est ce qu'on fait...
* D'abord l'accusé, lui aussi, voudrait bien qu'on oublie cette affaire, et ça personne ne le dit. Y'en a toujours que pour la victime !
* La gloire ne doit jamais altérer le processus de la justice : Polanski a droit au même procès que Pierrensurf ou Jacapier.
* Si la victime était la réincarnation d'un pédophile n'ayant jamais été puni, tout le monde trouverait que ce n'est qu'un juste retour des choses. A-t-on enquêté sur ses précédentes incarnations ? Non, bien sûr !
Un jour tu m'expliqueras le conflit israelo-palestinien, parce que là jai eu beau tenter de me documenter sur le biniou, j'ai jamais rien pigé :(
Je trouve qu'on l'oublie trop souvent.
Bref : je n'avais pas pris le temps de venir te lire plus tôt, c'est réparé et j'ai bien fait... c'est rudement intelligent, tout ça! J'aime bien, comme ça après je pique des arguments pour briller en société.
ma démarche ne visait pas à critiquer les choix des systèmes judiciaires quels qu'ils soient : je m'en tape le coquillard avec un presse-purée.
Ce qui me chafouine le bulbe, c'est le fondement même des lois faites par des hommes et qui à mon sens ne prennent pas l'entière mesure des dégâts causés par les viols. Ce n'est pas une question de vengeance ou de victimisation. Juste une volonté d'équilibre. Trip souvent on a à l'esprit l'idée que la femme est tentatrice par nature, ce qui réduit la responsabilité de l'homme. C'est à ça que je m'attaquais, et je suis meurtris de ne m'être pas fait comprendre correctement.
Non, je déconne. Je te bise, ma carne.