Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Un Journal Présenté Par :

  • la carne
  • Blog complètement partial garanti sans OGM ni carte de presse. On a son honneur, tout de même.
  • Blog complètement partial garanti sans OGM ni carte de presse. On a son honneur, tout de même.

Météo


Si t'as froid l'hiver, brûle un ministère.

Si l'hiver est dur, brûle une préfecture.
20 janvier 2015 2 20 /01 /janvier /2015 07:28

"Faut respecter les religions, faut respecter la foi, sérieux, c'est pas bien de se moquer..."


L'autre manière de dire "ils l'ont bien cherché". Mais c'est pas grave, on peut le penser. Penser, ça ne fait pas mal - ou alors juste une migraine, un Doliprane, un coup de télé et hop, ça passe.

 

Mais dis donc, petit con, en parlant de respect, faudrait p'têtre voir à mettre la balle au centre, non ? Faut pas publier des caricatures du prophète ? Et ton prophète, là, il en a pas fait publier, des caricatures, peut-être ? Ou c'est moi qui invente les horreurs stupides et ridicules que les livres prétendus saints (tous ! sans exception ! même les bouddhistes, pourtant pas bégueules, généralement) balancent sur les athées, les femmes, les homosexuels ?

 

Promis, je renoncerai à mon droit au blasphème lorsque les bigots respecteront l'intimité de ma chambre à coucher. Quand les tartuffes renonceront à employer "Dieu le veut" comme argument politique. Et quand ils expurgeront les passages de la Bible, du Talmud ou du Coran qui sont des appels explicites à la haine, à la discrimination et à la persécution.

 

Pour être tout à fait honnête, je me fous absolument de ces diatribes antiques ou médiévales sur les mécréants. Disons que je m'en foutais tant que je pensais qu'elles étaient reléguées au symbole, à des combats passés, qu'elles n'avaient de substance que quand les religions naissaient et qu'elles devaient lutter pour survivre. Que "mort aux infidèles" avait aujourd'hui à peu près la même puissance d'incitation au passage à l'acte que "mort aux cons", par exemple. Personne ne songe sérieusement à commettre un génocide de cons, quand même ? On se sentirait seul sur terre, au bout d'un moment.

 

J'ai commencé à moins m'en foutre quand je me suis rendu compte que de vraies gens se faisaient massacrer en masse au nom de la foi. Mais j'ai commis l'erreur de n'en avoir qu'une image intellectuelle, parce que ça se passait à des milliers de kilomètres, qu'il s'agisse des tueries catholiques des commandos anti-IVG, des bombardements juifs sur des gamins de Gaza ou des massacres de Boko Haram commis au nom de l'Islam. J'ai mis ça sur le compte du hooliganisme religieux. J'ai pensé que les assassins allaient en religion comme un skin inculte en matière de foot va au Parc des Princes, juste pour la provoc et la baston.

Je pensais naïvement que les vrais croyants l'étaient pour leur propre recherche de spiritualité. Que la plupart se foutaient bien de ce qu'on pouvait penser de leur croyance parce qu'elle ne concernait qu'eux et qu'en tant que telle, elle ne pouvait de toute façon pas être comprise. Et que la plupart n'avait aucun besoin que d'autres la partagent. 

 

Mais là, je commence à comprendre, quand j'entends des gens parfaitement pacifiques et qui pourraient être mes voisins ou mes amis dire que c'est un peu de leur faute, aux dessinateurs, s'ils sont morts. Ils n'ont pas respecté. Ah ouais... Ils n'ont pas respecté quoi ? Un type mort depuis des siècles qui prétend encore donner des leçons sur la manière de traiter les femmes et les soit-disant déviants ? Il a quoi de respectable, ce type, exactement ? Ah, tu l'aimes. C'est ça qui te choque ? Qu'on souligne les défauts de celui que tu adores. Tu peux pas comprendre que d'autres l'aiment pas ? Que son discours, à ton prophète, est politique et que son impact sur nos vies est réel, et qu'il n'est pas forcément plaisant ?

 

Je vais te dire un truc. Je ne suis pas islamophobe, je ne suis pas christianophobe, pas judéophobe, même pas religiophobe en général ; tant que ta foi ne s'invite pas dans mon salon pour dénigrer le mode de vie que j'ai choisi, je n'ai absolument rien à redire de ton chemin spirituel. J'ai même un profond respect, une profonde admiration pour ceux que la religiosité a amené à la paix de l'esprit.J'ai tout autant de colère à ton endroit qu'à l'égard des bouffe-curés qui méprisent souverainement du haut de leur savoir en carton l'intelligence des croyants du simple fait de leur foi.


Le vrai problème, c'est qu'il y a trop de bigots dans ton genre dans les religions pour qu'elles soient prises au sérieux. Des gens qui deviennent des militants et tentent de convaincre leur monde que l'ordre divin est celui de tous. Que c'est l'ordre naturel des choses. Que la loi de dieu est un programme politique. Que les Ecritures se lisent au pied de la lettre. Je vais te dire : commence par vivre ta vie avant de juger la mienne. Juge-toi avant de me juger blasphématoire.

 

En réalité, petit bigot, tu te sers de ta religion comme prétexte à te sentir supérieur à d'autres. "Je ne suis pas misogyne, je suis croyant, c'est le Livre qui dit que les femmes doivent rester à la cuisine". "Je suis pas homophobe, c'est le Livre qui dit que la sodomie est contre-nature". "Je suis pas intolérant, c'est le Livre qui dit que les athées sont des handicapés de l'âme". Tu trouves dans tes saintes écritures toutes les justifications à tes petites mesquineries minables. Respecter ta foi, petit bigot ? Mais qu'est-ce que ta foi a de respectable ? Tu es le pire des blasphèmes à la face de ton dieu. 

Que tu oses appeler au "respect" est la preuve que tu n'as rien appris de la sagesse contenue dans tes livres.

 

Pourquoi devrais-je m'empêcher de rire d'un prophète quand je n'ai même pas besoin de ça pour te sembler odieux ? Il me suffit d'exister en tant qu'athée convaincu pour exciter ta haine et ton rejet - ou tes pitoyables tentatives de prosélytisme. Je suis selon toi, cher petit bigot de mes deux, déviant, odieux, jaloux, entêté, stupide, aveugle... Juste bon à légitimer la colère des tarés.

Ton livre, celui, l'unique, que tu chéris, qui transcrit les paroles de ton prophète, me tient pour un animal, et c'est ta vérité. Rien que pour ça, je t'emmerde, toi et ta prétendue sainteté qui te pousse à te réjouir doublement, d'une part que des tueurs soient allés au fond de ta logique en "punissant" les blasphémateurs sans que tu aies à te salir les mains ou l'âme, si tu en as une, et d'autre part en te victimisant en tant que prétendu croyant, obligeant tout un chacun à se surveiller au nom de ta "sensibilité" de cuistre.

Le simple "mais" que tu ajoutes à la phrase devenue rituelle "je ne cautionne pas les assassins" prouve amplement que tu n'as aucune sensibilité, seulement de la susceptibilité.

 

Cher petit bigot, la colère qui te prend quand tu es témoin d'un blasphème n'est pas née de ta foi mais de ta rancoeur et de ta peur de la liberté. De ta certitude de valoir mieux que le mécréant. De ta bigoterie, en somme. Ce qui te chiffone dans la caricature, ce n'est pas l'irrespect envers le prophète, c'est uniquement le fait qu'à travers lui, ce sont tes défauts à toi qui sont raillés. Tes propres faiblesses, ta propre incapacité à comprendre "dieu". Et ta colère montre seulement que la caricature touche juste.


Et je le dis, parce que rien ne m'en empêche, et que je tiens pour tout aussi sacrées mes élucubrations bloguesques et tes paroles d'évangile. As-tu si peu confiance en ton dieu que tu as peur qu'il ne me juge pas pour mes offenses comme cela te conviendrait ? Comme cela TE conviendrait ?  

 

Mon gars, tu te goures en me parlant de respect. Tes idoles t'incitent, t'enjoignent à juger et persécuter ton dissemblable ; et quand le dissemblable se rebiffe - même pas violemment ! Juste en rigolant, en dessinant ! -  tu parles de respect ? Tu t'entends ? Sérieusement ?

 

Tu sais quoi ? Je manquerais singulièrement de *charité* si je ne te disais pas quand tu déconnes.

Et là, tu déconnes grave.

 


Repost 0
Published by la carne - dans Dossiers à charge
commenter cet article
16 janvier 2015 5 16 /01 /janvier /2015 10:23

Il y a une réelle incompréhension sur le marché du travail actuellement. Les travailleurs et les patrons ne se comprennent plus et pensent avoir des objectifs totalement contradictoires. C'est pourquoi je propose aujourd'hui un modèle de lettre de motivation ultralibérale destinée à mes camarades chômeurs s'ils projettent de postuler à un poste dans une grande entreprise, en espérant réconcilier les deux mondes et lever les malentendus. Il en va de la sauvegarde de la fameuse "valeur  travail".

 

 

*

*    *

 

Madame, Monsieur (1)

 

Je porte à votre connaissance mon ardent désir de postuler à un emploi dans votre merveilleuse entreprise. Je souhaite en effet travailler à temps partiel en échange d'un petit salaire. Je vous adjure de croire que mon travail vous en donnera pour votre argent.

En accord avec vos profondes convictions, je saurai me montrer absolument flexible. Il n'est en effet pas exclu que dans quelques mois, je me passe de vos services pour aller toucher les aides publiques. Vous le voyez, nos principales préoccupations se rejoignent dans une émouvante harmonie.

J'ai tout comme vous le souci de réduire au maximum le coût du travail. Quand le travail me coûte, je le réduis.

Tout comme vous, je râlerai au moment de payer mes impôts ; je trouve en effet préférable de reverser les bénéfices de mon travail en dividendes au bistrot, en payant des tournées à mes amis désoeuvrés - tout en pestant contre l'inanité des politiques publiques et l'incompétence des fonctionnaires.

Très con moi-même, j'ai toutes les qualifications requises pour occuper le poste que vous proposez. J'approuve en très grande partie l'idée que l'école ne prépare pas suffisamment au monde de l'entreprise, et farcit la tête de la jeunesse d'une culture générale improductive et non rentable. Pour ma part, ayant déjà toutes les réponses qui m'intéressent, croyez bien que j'obéirai sans poser de question à tous les ordres qui me plaisent. Pour les autres, je vous invite à relire le point concernant la flexibilité. 

Je suis convaincu que ces concordances de vues vous prouveront que nous allons bâtir une saine collaboration, tant il est vrai que celle-ci passe avant tout par l'adhésion du salarié aux valeurs de l'entreprise, comme on l'apprend dans les bonnes écoles de management.

Je me rendrai disponible pour échanger autour de ces motivations de vive voix au moment qui vous conviendra ; c'est sans doute la seule chose qui nous différencie, mais j'espère que ce petit bémol n'entachera pas nos relations.

 

Veuillez recevoir, Madame, Monsieur (1), l'assurance que mon profond respect est une marque de politesse convenue parfaitement hypocrite.

 

 

 

 

(1) Le "madame" est là à titre de pure courtoisie : c'est une convention poétique qui ne correspond à aucune réalité tangible, naturellement.

Repost 0
Published by la carne - dans Dossiers à charge
commenter cet article
15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 11:46

Je suis heurté, choqué et humilié. Ma foi a été offensée.

 

Ma foi m'oblige à rire de tout. Surtout des symboles, des bannières, des pisse-froid, des hystériques de la norme. 

Y'a des gens qui blasphèment ma foi, merde ! Qui me disent de ne pas être croyant en public, de paraître quelqu'un d'autre. "Tu as le droit, mais...".

"Faut respecter les symboles, les bannières, les pisse-froid et les hystériques de la norme, alors sois croyant dans ta foi à toi si tu veux mais surtout tais-toi".

Mais je peux pas m'empêcher ; c'est impur de rire sous cape, tout seul, dans ma foi.

 

Parce que j'ai foi en l'homme, et que l'homme n'est vraiment pas sérieux.

Repost 0
Published by la carne - dans Dossiers à charge
commenter cet article
8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 11:42

Je suis Charlie

 

Bon, d'accord, le titre est putassier.

Avant de l'expliquer, j'ai d'abord envie d'exprimer ma tristesse et mon deuil. Parmi les victimes de la tuerie absurde de ce 7 janvier, il y avait des gens qui ont construit une partie de ce que je suis. J'ai grandi avec Cabu, de mon enfance Récré A2 à mon adolescence Charlie Hebdo, en passant par ma découverte tardive d'Hara Kiri et de ses strips du Canard Enchaîné. Ce n'était pas mon dessinateur préféré, mais je me suis rendu compte que ce type avait marqué ma vie sans avoir l'air d'y toucher avec sa bouille de Grand Duduche. L'outrance rigolarde de Charb. Les traits si forts d'Honoré, de Riss (pourvu qu'il s'en sorte, bon dieu !). De Tignous. Bordel, j'ai découvert ce mec dans Casus Belli, ma période ado-rôliste ! Il illustrait un magazine de jeux, à l'époque ! Oncle Bernard qui m'a appris l'économie... Je ne connaissais pas les autres, mais leur mort m'effondre tout autant.

 

Depuis quelques années, je n'achète plus Charlie Hebdo régulièrement. Le journal me fait moins rire, ses travers m'agacent. De temps en temps, quand l'actu avait du sens, j'y allais de mes 2€50, mais ça s'arrêtait là. Pour moi, le journal crevait doucement, comme tous les journaux lorsque leur ligne éditoriale devient un peu datée. Ca n'enlève rien au talent de ses journalistes, c'est juste une alchimie qui ne se fait plus entre les attentes du lectorat et la magie fondant un groupe de gens talentueux. Il y eu aussi beaucoup de prises de position qui m'ont paru indignes de l'esprit originel de Charlie - pas la peine de revenir dessus aujourd'hui, ça n'a pas tellement d'importance.

 

L'attentat que Charlie Hebdo a subi fait de lui un héros, un martyr, une légende. Il a aujourd'hui l'occasion inespérée de mourir pour quelque chose. De mourir d'une belle mort, s'il en existe une qui puisse se prétendre belle.

Poursuivre Charlie Hebdo serait peut-être une façon de montrer qu'on ne plie pas face au terrorisme, mais cela le condamne inexorablement à une mort médiocre. Combien de temps avant que le journal succombe face aux réalités de la presse papier ? Les hommes et femmes du journal ont été tués par des terroristes, mais Charlie, le journal, était en train de mourir de tout autre chose. Du temps qui passe, et de l'air du temps, probablement.

 

Ce qui doit survivre, c'est ce que représente Charlie Hebdo. La liberté de pensée absolue qu'autorise la capacité à rire de tout. Il faut que Charlie meure pour que dix, cent, mille enfants de Charlie se lèvent et prennent la relève sous les formes que le présent et l'avenir proposent. Seuls les enfants de Charlie pourront démontrer aux cinglés terroristes, fous de dieu qu'aucun dieu ne peut reconnaître, qu'ils ont perdu. Qu'ils ne gagneront jamais. Que pour un journal abattu, cent se lèvent. Que pour un blasphème châtié, mille bouches crient "Merde à dieu !".

 

Si Charlie survit à ses blessures, il restera un symbole lointain, un ancien combattant. Vous avez vraiment le coeur de le remettre en première ligne dans la guerre contre la bêtise ? Ceux qui ont été touchés dans leur corps et dans leur âme, les blessés, la famille des victimes, tous ceux qui travaillaient avec eux, méritent maintenant le repos et la paix. Comment voulez-vous qu'ils reprennent le travail après ça ? Le courage n'est pas tout. Ce serait du panache bien français, comme on dit, mais quoi d'autre ? Êtes-vous si donc cruels de vouloir d'eux de retourner au front maintenant ?

 

Si Charlie survit, on l'achètera pour de mauvaises raisons. Si Charlie survit, il concentrera sur lui l'attention que mériteraient tous les libres penseurs qui prennent leur plume pour écrire ou dessiner leurs révoltes, leurs rires et leur intelligence. Il inhiberait en la phagocytant la formidable explosion d'indignation qui ne manquera pas de naître devant cet horrible massacre. Ce qu'il faut à Charlie Hebdo aujourd'hui, ce n'est pas un nouveau numéro (ou deux, ou cent...) pour assurer sa survie, c'est un monument pour assurer son immortalité et sa postérité. Qui mieux que Charlie pour comprendre ça, lui qui est né de l'héritage de Hara Kiri, tombé sous les coups de la censure ? A l'époque, ils ont dit "Hara Kiri est mort, vive Charlie Hebdo". Et Hara Kiri est devenu légendaire, et Charlie a vécu ainsi que tous ceux qui ont dû combler le vide laissé. Voilà pourquoi la plume est plus forte que l'épée.

 

Maintenant, à tous les enfants de Charlie, tous ceux qui ont arboré le fameux "Je suis Charlie" : bougez-vous le cul. Ecrivez, dessinez, gueulez, révoltez-vous. Vous avez un héritage dans les mains, ne le laissez pas dormir.

 

Repost 0
Published by la carne - dans Dossiers à charge
commenter cet article
16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 06:59

L'usage de la force est le monopole des pouvoirs publics.

 

C'est un principe assez simple à comprendre, non ? Ce qu'il y a de bien, c'est que c'est aussi un principe fondateur de notre démocratie. Donc celui qui y déroge est soit un imbécile incapable de comprendre un principe aussi simple, soit un mauvais français qui ne se reconnaît pas dans une règle fondamentale de notre vivre-ensemble. Pas un héros.

 

D'accord, il y a des événements dérogatoires, qu'on appelle "légitime défense". Ils sont prévus par la loi. La légitime défense permet l'usage de la force en cas d'atteinte aux biens ou aux personnes. Ce qu'il y a à en retenir pour le cas qui nous occupe, c'est que la légitime défense ne peut jamais être invoquée lorsqu'il y a homicide lors d'une atteinte aux biens. C'est la loi. Par ailleurs, la force employée ne peut être reconnue de légitime défense que si elle l'est pour faire cesser le danger.

 

Pas mal de gens soutiennent le bijoutier niçois qui a tué l'un des deux braqueurs de sa boutique ; celui-ci n'était pas en légitime défense. Le danger avait cessé, puisque les braqueurs fuyaient ; il y a eu homicide lors d'une atteinte aux biens ; il a tiré trois balles dans le dos du fuyard, ce qui est un moyen clairement disproportionné (la proportionnalité de la riposte est aussi un élément de la légitime défense). Il y a donc homicide volontaire, sans légitime défense, mais sans préméditation - donc c'est un meurtre, pas un assassinat. Pourquoi alors soutenir un hors-la-loi plutôt qu'un autre ? Si on a le droit de tuer un braqueur qui s'enfuit, pourquoi n'aurait-on pas le droit de braquer une bijouterie ? Pourquoi s'aventurer à prendre parti pour un meurtrier contre un braqueur (que les choses soient claires, le corollaire, c'est que l'inverse est vrai également : pourquoi s'aventurer à prendre parti pour un braqueur contre un meutrier) ?

 

Les arguments invoqués sont absurdes. On entend : le braqueur savait ce qu'il risquait, il a joué, il a perdu, tant pis pour lui. D'accord, c'est vrai ! Mais ça ne concerne pas que le braqueur. Le bijoutier savait exactement ce qu'il risquait en acquérant une arme et en tirant dans le dos ; il l'a fait quand même, il va prendre cher. Tant pis pour lui aussi, non ? Ou bien deux poids et deux mesures ? La justice ne peut être justice que si la loi s'applique autant aux braqueurs qu'aux bijoutiers.

 

On entend aussi : son geste est compréhensible. Il a subi plusieurs braquages, il a peur, il en a marre, il est excédé. Oui, son geste est compréhensible. On est tous susceptibles de péter un boulon un jour sous le coup du stress, de la pression, d'une émotion intense telle que la peur ou la colère. Pour autant, si compréhensibles que soient nos raisons, est-ce excusable ? Cela nous dédouane-t-il de notre responsabilité pénale ? Non. Cela constitue juste une occasion d'invoquer des circonstances atténuantes - qui ne déculpabilisent pas. Par ailleurs, les motivations du meurtrier pourraient être compréhensibles et pas celles du braqueur ? Après tout, chacun d'eux a fait un très mauvais choix à un moment donné (ou à plusieurs moments donnés pour le braqueur). Un mauvais choix qui s'appelle un passage à l'acte criminel, puni par la loi. Il n'y a pas de "bonnes raisons" qui mènent à un mauvais choix - il n'y a que des mauvaises raisons. Si ces raisons étaient bonnes, le choix le serait aussi. Pas plus le coup de sang du bijoutier que la malveillance intrinsèque qu'on présuppose (à mon avis à tort, parce que la criminalité et la délinquance ne peuvent se résumer à un manichéisme simpliste) au braqueur ne sont de bonnes raisons. Ce ne sont que des explications qui éclairent le fonctionnement de l'être humain, pas un substitut à la loi.

 

Il y a les résignés : bon, d'accord, le bijoutier va prendre cher, mais au moins, les voyoux vont réfléchir à deux fois avant de s'attaquer à une autre boutique. Désolé, mais si les voyoux savaient "réfléchir à deux fois", ils ne seraient pas délinquants. Et voyons un peu ce qui se passe ailleurs. Aux States, ce genre d'événement arrive régulièrement ; le port d'arme est non seulement accepté, mais recommandé. Défendre son bien est une des libertés fondamentales des citoyens américains. Pour autant, les attaques à main armée ont-elles disparu, ou même diminué, du territoire américain ?

 

La mauvaise foi pousse également à ces excès : ceux qui ne soutiennent pas ce bijoutier sont du côté du braqueur. Non, ils sont du côté de la justice. Ce qui rend hargneux, c'est que le bijoutier a soustrait ce braqueur à la justice de tous. Et pire encore, de nombreuses personnes applaudissent et acceptent d'être ainsi désaisies de leur prérogative collective. Ce que ceux qui soutiennent disent, en réalité, c'est : j'abandonne mon droit à avoir un regard et un contrôle sur la justice de mon pays.

 

En parlant de justice, le fond diffus de cette vague de soutien s'inscrit dans la croyance que la justice est laxiste. C'est une croyance répandue parce qu'il n'y a pas assez de gens qui vont assister à des procès en correctionnelle ou aux assises. Allez-y, c'est instructif, et ça nuance assez largement l'idée que les "juges relâchent les délinquants que les flics ont tant de mal à arrêter". C'est la même chose pour les tribunaux pour enfants, mais là, vous êtes obligés de me croire sur parole vu que les audiences ne sont pas publiques. La population carcérale en France n'a jamais été aussi nombreuse. Pourtant, le taux de morts par homicide n'a jamais été aussi bas. Vérifiez.

La justice condamne en proportion des actes commis, pas en fonction de ceux qui pourraient l'être. Pensez aux petits excès de vitesse que vous commettez tous les jours, pensez aux fois où vous vous êtes garés illégalement, aux nombreuses fois où vous traversez en dehors des clous, avant de demander à la justice de devenir "préventive".

 

Il y a une différence entre mal se garer et braquer une bijouterie, direz-vous. C'est vrai d'un point de vue moral, mais voilà : ce ne sont pas les curés qui font la loi (dieu merci !). La loi est une limite. Toute limite signifie qu'il y aura toujours transgression, à un moment ou à un autre ; la justice est là pour dire que la transgression se paye, plus ou moins cher, et c'est valable pour tous. Elle n'est pas là pour éradiquer la transgression. Pour cela, il faudrait éradiquer la limite. Dans cette affaire, le braqueur n'a pas payé le fait d'avoir transgressé ; lui, il est mort, il s'en fout ! C'est sa famille qui paye ses transgressions à lui. S'il avait été jugé pour le braquage, il aurait pris plus de prison que ce que le bijoutier va écoper - parce qu'en cour d'assises, les jurés retiendront pour lui les circonstances atténuantes, c'est évident.

 

L'acte du bijoutier est donc imbécile - il ignore un principe simple et élémentaire, incivique - il bafoue un principe fondateur de notre vie en société, et injuste - il punit arbitrairement. Qui le soutient soutient la bêtise, l'incivisme et l'injustice.

 

 

Correction mineure (merci pour ça à Maître Eolas que je vous incite à visiter) : les "circonstances atténuantes" n'existent plus depuis 1994 - autant pour les pourfendeurs du laxisme judiciaire.

Cela dit, elles sont implicites au regard des peines prononcées, donc dans les faits, ça ne change pas grand chose pour le bijoutier.

 

 

Repost 0
Published by la carne - dans Dossiers à charge
commenter cet article
15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 18:33

Selon Laurence Parisot et le MEDEF, il existerait en France une haine des patrons bien ancrée. La haine se traduit par une intention de nuire, n'est-ce pas ? Par une volonté de destruction dictée par le ressentiment bien plus que par la menace réelle que représente l'objet de la haine, non ? Voyons voir... Les gens veulent-ils détruire les patrons ? Vu le rapport numérique, si c'était le cas, ce serait fait depuis bien longtemps.

C'est amusant, parce que si on se fie objectivement aux destructions gratuites, non dictée par la raison, on pourrait se dire qu'il existe plutôt une haine du salarié, un acharnement surréaliste à lui nuire. Il n'y a qu'à compter le nombre d'entreprises bénéficiaires qui licencient, et, au bout du compte, la haine patronale envers la fiscalité, c'est-à-dire la participation à la collectivité.

Le patronat s'étonne de n'être pas populaire, et il appelle ça "haine". Alors que quand il détruit la vie des gens à qui il supprime la possibilité de gagner dignement leur vie, il appelle ça "compétitivité".

On peut donc en conclure que les patrons sont de grands illettrés. Et on s'étonne que l'économie aille mal...

Repost 0
Published by la carne - dans Dossiers à charge
commenter cet article
8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 06:55

La bataille de la compétitivité... vous avez déjà entendu ça quelque part, n'est-ce pas ?

Et bien, elle est perdue, la bataille de la compétitivité. Depuis bien longtemps, d'ailleurs ! A quoi reconnaît-on qu'une bataille est perdue ? C'est quand, quel que soit le prochain mouvement, on ne pourra pas en obtenir un avantage significatif au regard des objectifs de départ. Dans ces cas-là, un général sage arrête les frais, remballe sa fierté, pose les armes et renvoie les piou-pious à la maison attendre la prochaine en fabriquant des bébés.

Or à quoi assiste-t-on dans cette fameuse bataille de la compétitivité ? Objectivement, la France a perdu. Quoi qu'elle fasse, elle ne peut pas prétendre obtenir un avantage de compétitivité face à la Chine, au Japon, à l'Inde, aux USA... à moins d'en imiter les non-droits sociaux, comme le fait la Grèce. Pourtant, comme une grosse mouche qui frappe inlassablement une fenêtre croyant pouvoir sortir, la plupart des responsables politiques nous disent qu'il faut continuer à se positionner dans la bataille de la compétitivité. Ils devraient relire Sun Tzu... On ne livre pas bataille en infériorité numérique et sur un terrain défavorable. Pourquoi le font-ils ? Parce que c'est une guerre dite propre : aucun soldat n'en meurt, elle ne fait que des dommages collatéraux.

La seule solution serait d'admettre la défaite et de trouver un terrain favorable où attendre de pied ferme la prochaine attaque. C'est quand même incroyable qu'on mette de côté ce que la France a de mieux pour l'exposer sur des fronts où elle n'a aucun atout... Si cette "guerre" était menée par des militaires, cela fait longtemps que des têtes seraient tombées pour incompétence, voire pour traîtrise manifeste.

D'autant plus que ce pour quoi la France peut être citée en exemple partout a été la cible de la haine de la plupart des gouvernements depuis trente ans ; haine qui a trouvé son apothéose sous Sarkozy qui souhaitait explicitement liquider les héritages qui ont fait notre honneur : la Révolution, les mesures du Front Populaire, le programme du Conseil National de la Résistance, et même certaines avancées de Mai 68. Si Sarkozy a été autant détesté, de façon si manifeste, c'est bien du fait du parti qu'il a pris ouvertement de se dresser contre ces symboles de la mentalité égalitariste qui a construit l'identité française ; mais si les politiques dans leur ensemble inspirent la méfiance que l'on sait, c'est que chacun, à sa mesure et probablement de façon plus insidieuse, presque inconsciemment, n'aspire aussi qu'à démolir ces symboles. Quand un homme politique se situe plus comme expert-comptable que comme philosophe, il refuse de se saisir d'une idée de civilisation ; qui, aujourd'hui, dans le cheptel politique, nous parle de civilisation ?

La réponse fait froid dans le dos. Car pour l'instant, elle mène à la guerre, la vraie, pas la "propre".

Repost 0
Published by la carne - dans Dossiers à charge
commenter cet article
5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 08:35

 

C'est l'histoire d'un pari truqué : miser sur la défaite d'une équipe dont on sait d'avance qu'elle va perdre pour un gain bien plus important par la suite. C'est d'autant plus immoral que l'équipe qui va volontairement perdre le match sait d'ores et déjà qu'elle a gagné le championnat. Focus sur les acteurs : nous avons le capitaine de l'équipe qui commet et multiplie les fautes les plus grossières, sur les suggestions du conseiller technique de l'équipe ; un gardien qui laisse tout passer ; des vedettes aux abonnés absents ; les remplaçants qui ont investi des sommes folles sur la défaite ; et une équipe adverse qui a envie de gagner même si elle sait qu'elle est au fond du trou, parce qu'une victoire fera le meilleur effet sur les supporters qui ont toujours envie de surprise et de bonheur en dépit de toute logique comptable.

Voilà ce qui s'est passé : nous avons Nicolas Sarkozy qui a commis les fautes démocratiques les plus invraisemblables sous les conseils de Patrick Buisson ; Juppé, Bachelot, NKM, les soit-disant gardiens de l'éthique républicaine de l'UMP qui se taisent ; Fillon et Copé qui misent tout sur 2017 ; et le PS tellement motivé pour gagner, parce que la droite, ça suffit comme ça, vous comprenez, les gens ont besoin d'espoir.

Mais oui, la droite a de toute façon gagné le championnat... parce qu'il se passe au niveau européen, le championnat. L'Europe, c'est un concentré d'idéologie ultralibérale, tellement monolithique qu'on ne voit pas très bien comment les pays adhérents pourraient faire autrement que de suivre cette pente qui mène droit dans le mur. Le bénéfice de la défaite – marginale – de la droite en France est que dans cinq ans, la gauche aura perdu toute crédibilité. Les décisions que le gouvernement actuel a à prendre sont de toute façon déjà prises dans les antichambres des instances technocratiques européennes et mondiales, et elles sont dévastatrices pour l'opinion publique. Il n'y a pas de choix. Oh, Hollande y mettra de la vaseline, c'est la marque de fabrique du PS. Mais on vient de voir, avec le recul de Bercy face à cette organisation populiste qui se fait appeler « les pigeons » et qui n'est en fait qu'un ramassis de rapaces, que la marge de manœuvre du politique, dans son sens noble, à savoir porter une idée de civilisation, est nulle.

Dans cinq ans, après l'accumulation de mesures impopulaires et pourtant impossible de ne pas mettre en œuvre si on veut que l'Europe n'explose pas (au hasard... le Traité Budgétaire Européen), le PS sera rincé. L'anecdotique FN, toujours dans l'opposition systématique à tout, fera le jeu de l'UMP en tant qu'allié objectif dans les critiques du gouvernement en place. Et la droite reviendra au pouvoir avec toute l'arrogance et la violence de ceux « qui vous l'avaient bien dit ».

Et vous savez pourquoi ? Parce que depuis 2002, le PS préfère une victoire sans honneur à un match intègre. Et il ose se faire passer pour un parti de gauche...

Un paranoïaque se demanderait si Sarkozy n'a pas fait exprès de perdre, après tout. Mais, disait le Grand Pierre, « ce n'est pas parce que je suis paranoïaque qu'ils ne sont pas tous contre moi ! ».

 

Repost 0
Published by la carne - dans Dossiers à charge
commenter cet article
23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 15:19

Comme il est en train de se passer plein de choses particulièrement sordides (Guéant qui veut repeindre la ville en bleu jusqu'en 2012, la réforme de la justice des mineurs, etc.), on parle beaucoup en ce moment d'un sujet ô combien d'actualité : le mariage homosexuel.

 

Les vieux réacs de droite veulent la peau de Bachelot à cause de sa prise de position pour le mariage gay. Tout le monde minaude, dans tous les partis, c'est la valse des "oui, mais..." ou des "non, mais...". Bref, ce sujet chez les politiques, c'est comme le dernier Saw dans les cours d'école : on a l'air d'un con si on n'en cause pas, même si on ne sait pas de quoi il s'agit.

 

Etudions un peu les arguments : les contre disent que le mariage est une institution qui unit un homme et une femme puisqu'a priori et jusqu'à preuve du contraire, c'est l'équipe de base pour la production de gamins. La république n'a donc pas à reconnaître l'union homosexuelle puisque le mariage républicain a pour objet la reconnaissance de la famille productrice d'avenir pour le pays et de rente pour Pampers.

 

Les pour disent que le mariage est un droit et qu'à ce titre, tout citoyen doit y avoir accès en vertu de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Consommateur qui en garantit l'égalité, qu'on soit homo, hétéro, bi, trans, zoophile, nécrophile ou même haltérophile.

 

Ben tiens.

 

Le problème fondamental du mariage républicain est qu'il est étroitement mêlé à la morale religieuse. Le mariage est un engagement moral doublé d'un contrat économique - à ce propos, j'ai pour ma part trop de respect envers ma partenaire pour l'honorer sous contrat, comme ça se pratique dans certaines zones urbaines à l'éclairage défaillant.

 

Il faut abolir le mariage républicain, et mettre tout le monde à l'enseigne du "concubinage notoire", avec tous les droits afférents à une union, quelle qu'elle soit (mariage ou PACS). Si les gens veulent se marier pour des questions morales, qu'ils aillent voir les tenants de la morale, les curés, imams, rabbins, Raël ou n'importe quel gourou venu de Mars ou de Vénus. Mais la morale n'a rien à faire en politique (au contraire de l'éthique - mais je parlerai de la différence entre les deux dans un prochain article si Dieu me foudroie pas d'ici là, ce Con).

 

La politique doit s'attacher à adapter les lois civiles aux moeurs telles qu'elles sont de façon à garantir les droits et libertés de chacun sans que ce soit trop le bordel, et non pas pondre (ou refuser, en l'occurrence) des lois pour fixer des objectifs moraux au vivre ensemble. Le mariage est issu d'une institution religieuse : il aurait dû quitter l'arsenal législatif républicain en 1905.

 

La loi doit pouvoir reconnaître l'union de couples et / ou de familles, de fait, puisque c'est une réalité sociale ; d'un point de vue judiciaire, il est nécessaire de fixer des règles civiles de communauté de biens, de filiation, etc., cela est évident. Mais la loi doit-elle contraindre les couples et les familles à s'engager moralement dans le mariage pour reconnaître l'union et permettre l'accès à ses droits ?

 

Si l'on se réfère à l'évolution sociale, le mariage n'est plus une norme. Donc la loi doit s'adapter et proposer aux couples et familles non mariés les mêmes droits qu'à ceux qui le sont. Et de fait, accorder ces droits aussi aux couples homosexuels. Il n'y a aucune raison qu'on accorde plus de droits à tel couple plutôt qu'un autre, même pour des raisons natalistes : si l'on veut mener une politique nataliste, on augmente les bons CAF au lieu de faire croire que les pédés tuent la natalité.

Et avant de mener une politique nataliste, on commence déjà par s'occuper des gamins existants au lieu de leur lâcher les chiens aux fesses.

 

Que les églises se débrouillent avec la question du mariage homosexuel. Il n'y a que dans les bénitiers que le problème se pose.

Repost 0
Published by la carne - dans Dossiers à charge
commenter cet article
26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 17:43

Comment sauver le régime des retraites ?

 

Ca a l'air si simple... Tout le monde a des solutions infaillibles, même que ceux d'en face sont des imbéciles-incompétents-injustes-inconséquents, rayez les mentions, elles sont inutiles. Toutes.

 

Déjà, les moins ramollis d'entre vous se seront déjà posé la question de savoir s'il est si indispensable de sauver, et en plus, de savoir quoi sauver. Certains, encore moins nombreux, ont même déjà une réponse. Ou plusieurs, pour les plus tordus.

 

Bien évidemment, la réponse est : non, rien.

Rien n'est indispensable ; demandez à un petit centrafricain s'il est indispensable de sauver la retraite par répartition et maintenir le droit d'y prétendre à soixante ans, il ne prendra même pas la peine d'y répondre. Soit parce qu'on ne parle pas la bouche pleine, même pleine de son interlocuteur, soit parce que le savoir-vivre défendu par l'indispensable Nadine de Rothschield stipule qu'il est éminemment vulgaire de parler quand on est mort - du SIDA ou de faim, là n'est pas la question.

De toute façon, quand l'espérance de vie ne dépasse pas quarante ans et le salaire minimum trois cacahouètes, j'imagine qu'on se fout de savoir si on aura assez pour se faire chier la graisse rance dans une croisière Costa ou si on devra se contenter de la place à côté de Dubosc au camping des Flots Noirs. Ou Bleus, si les promos vous permettent d'esquiver la Bretagne.

 

Par ailleurs, si l'on reste dans l'absolu, qu'y a-t-il à sauver ? Rien. Dans quelques éons, le caillou planétoïde sur lequel nos têtes blanches s'ébattent les varices au soleil de juin (ou de septembre pour les plus aventuriers) aura l'air du champs du centrafricain suscité, avant de se faire phagocyter par un soleil boursouflé et rouge comme un banquier qui sort d'un séminaire de moralisation du capitalisme.

A moins que quelque monsieur grave et triste, après d'hésitantes explications sur le sacrifice nécessaire pour préserver la liberté, la dignité, la sécurité, gna gna gna, appuie sur le bouton rouge en faisant semblant de se boucher le nez d'un air contrit aussi franc et sincère qu'une promesse d'homme politique. Ce qui, au passage, aura le mérite d'abréger le débat sur le Grenelle de l'Environnement, merci à lui.

 

La question de l'indispensabilité réglée, ce qui ramène l'enjeu qu'on grostitre façon finale de balle aux pieds dans l'Equipe à son statut réel, c'est-à-dire une page douze sur un match nul Dunkerque - Villefranche-de-Rouergue dans le Bouseux-Libéré, nous pouvons donc passer au contenu.

 

La question est donc de savoir comment continuer à financer les excès de cholestérol des Papys Mougeot.

 

J'aimerais signaler au passage que ceux qui s'emparent de la question et la placent sur le podium des interrogations humaines de cette année ont pour la plupart largement dépassé la date de péremption, et devraient de fait être disqualifiés pour dop-âge (ah, ah). En tout cas, ceux-là ne sont pas les plus concernés par l'âge de la retraite ou du capitaine. Ils sont déjà hors catégorie et toucheront de toute façon la leur, pleine et entière, de retraite. Salopards.

 

Donc, les vieux kroums de droite disent qu'on ne peut financer les retraites qu'en augmentant la durée de cotisation et en reculant l'âge minimum légal ouvrant des droits. Ils invoquent pour se positionner de la sorte le fait que le déficit chronique de la Caisse de Retraite provient de paramètres démographiques. Certes. La France vieillit. Rien qu'à voir sa gueule, on ne lui fait plus assez d'enfants. De toute façon, y'a pas de boulot pour eux, et ils ne pourraient pas partir à la guerre, vu qu'il n'y en a plus, à ce qu'on dit.

En plus, à force de diffuser des conneries à la télé, des Urgences, Greys Anatomy ou Docteur House, on encourage les médecins à en faire toujours trop. Hé, les surdiplômés, faut glandouiller un peu, là, vous allez trop vite pour nous. Attendez qu'on ait Alzheimer pour diagnostiquer les cancers : oublier de prendre ses médocs, c'est un peu sauver les retraites. Et la sécu tant qu'on y est !

 

Décidément, les médecins n'ont même plus le temps de profiter des cadeaux des labos pharmaceutiques que les épidémies sont déjà finies...

Donc, problème démographique il y a, c'est incontestable. Par contre, le résoudre en modifiant l'âge de la retraite, c'est stupide. Il suffit de modifier l'âge de la mort.

 

De l'autre côté, les croûlants socialos veulent faire casquer les riches. C'est noble, mais c'est con ; les riches n'ont aucun intérêt à financer les retraites françaises : vous en connaissez un, vous, de riche, qui veut passer ses vieux jours en France alors qu'il a les moyens de les passer aux Seychelles ? La solidarité, d'accord, mais faut qu'elle soit partagée, sinon c'est de la simple charité, et ça c'est mal.

Les gauchisses veulent convaincre les bourgeois en les culpabilisant : "Nan mais vous avez vu comme vous donnez des boulots pénibles aux grouillots ? Faut les faire partir en retraite tôt, eux, parce que le cancer c'est bien, mais quand t'as de l'arthrose et une sciatique, t'en profites moins". C'est con aussi : un riche qui culpabilise n'existe pas. Il ne serait pas riche, sinon.

 

De-ci, de-là, on entend un moins niais que les autres qui dit que si le problème vient du fait qu'il n'y a pas assez d'actifs pour financer les bas de contention, les plaids électriques et les fauteuils Everstyle, ce serait peut-être une bonne idée de penser d'abord à parler d'emploi.D'ailleurs, nos mères qui ont toujours raison ne nous ont-elles pas dit à l'envi : "Avant de penser à la retraite, commence déjà par bosser. Et retire les doigts de ton nez." ?

 

Mais ça, c'est moins simple que de s'empoigner pour la galerie sur un nombre vraiment, mais vraiment tout con (symbolique, ils appellent ça). 60.

 

Tiens, d'ailleurs, 60, c'est aussi le nombre de millions de cocus dans l'histoire.

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by la carne - dans Dossiers à charge
commenter cet article